Avant l’horizon, regards portés de Luis Felipe Ortega

Dominique Legrand
Le Mad
26 de abril, 2006
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Art des marges et des confins, le nomadisme est une signature esthétique. Celle  de Luis Felipe Ortega á l’écoute du monde.

La promenade d’un piéton planétaire commence au coin d’ une rue, comme un tremblement une faille dans l’univers. 
Le plasticien mexicain Luis Felipe Ortega place sa caméra ras le bitume.Pour un arpentage initiatique.
Pas une herbe ni un visage à l’horizon de sa galaxie de pas foulants le sol de la Zocalo, la place la plus courue de México City, deja pôle de reencontré au temps des Aztèques.  Sur d’au tres écrans, la sarabande des semelles et des histoires intimes se poursuit á New York. Mais où est-on dans chaque image de Something Happens, Nothing? Seuls ces pieds qui s’agitent livrent leurs rythmes, et parfois des indices de condition sociale. D’un lieu á un autre , pour une raison quelconque, des gens se déplacent. C’est tout. Tout comme il n’y a pas d’intention de l’artiste au moment de réaliser une oeuvre.
Luis Felipe Ortega (1966) fait partie de la jeune génération d’artistes des années 90 au Mexique. C’est dans les arts visuels, après avoir épuisé les ressources de la littérature, qu’il trouve l’espace de déplacement nécessaire á ses préoccupations philosophiques, un champ où il ne s’agit pas de vérifier des idées mais plutôt de les situer dans un espace plus ouvert que l’écriture.

Comme son ami le Belge Francis Alÿs ou encore Daniel Guzmán et Gabriel Orozco qui appartiennent à la même galerie d’art contemporain de México, la galerie Kurimanzutto, Ortega fixe la mémoire d’une expérience, en vidéo, photographie, performance, installation ou encore ces subtiles encres de Chine minutieusement tramées.

Marcher, créer l’horizon

S’il affirme l’influence de Nauman, c’est le support même qui est interrogé à la Maison d’Art Actuel des Chartreux, son langage mais aussi sa portée poétique, politique ou sociale. Ainsi la Cana, cette canne à pêche typique du Mexique, frêle branche de bambou tendue d’un fil porté à l’hypoténuse. Comme les artistes mexicains conceptuels des années 50, Ortega interroge le rapport à l’object métamorphosé.
Le parcours et la ligne d’horizon sont des éléments centraux de la création. Vidéo ou dessin sont une invitation à aller plus loin, vers un autre horizon. Shadow Line, envoûtant voyage vidéo sur le fleuve Amazone entre Tabatinga et Manaus, au Brésil, emporte dans une autre déambulation. Discrète référence au roman de Joseph Conrad, le titre est un champ d’action pour ce qui se passe ou ne passe pas, dans une visibilité temporaire que seul l’art accorde.
Au ras de la mangrove, entre terres charriées et reflets de la cathédrale sylvicole, l’expérience du temps et la fascination du silence jouent avec le regard caméra  qui se déplace imperceptiblement de la ligne d’horizon.
Si le dispositif nomade fondait les precedentes déalisations, quand marcher ou glisser sur l’eau mettait en jeu la dérive, l’ultime travail de Luis Felipe Ortega réalisé tout spécialement pour la Maison d’Art Actuel des Chartreux emprunte un autre chemin, aussi magique. L’installation  Before the Horizon est une formidable invitation à étendre le regard. On s’arrête et on observe attentivement ce réseau de fils tendus à l’extrême. Une ouverture invite à y pénétrer: au centre, les fils de coton enserrent une pierre calcaire dans un dessin spatial qui génère un point sur l’horizon. D’une belle intensité plastique jusque dans son économie de mohines, à la fois dense et fragile, Before the horizon peut à tout moment se tracasser, brisant en même temps le regard.
Oeuvre totale, l’exposition du Mexicain Luis Felipe Ortega repose sur l’outil spéculatif, dispositif qui insére sa construction dans des jeux avec l’impercetible. Ici, le panorama d’un flux. Là, une mémoire en tensión. Toujours, une symbolique instable des relations entre nature et culture propre à la création actuelle au Mexique.